Interview exclusive du président de L’Association Tunisienne d’Intelligence Economique (ATIE)


Veille.ma : Pourquoi avez-vous décidé de créer l’ATIE ?

Fethi Ben Mimoun (FBM) : Commençons d’abord par le verrou politique qui a sauté le 14 janvier 2001.Avant la révolution, faire une demande de création d’une association était une entreprise hasardeuse et relevait d’une véritable gageure. Cela équivalait à s’exposer à toute les enquêtes. La chute de la dictature a permis à toutes les énergies de se libérer. Notre démarche a donc profité de cet extraordinaire sensation de liberté conquise que les tunisiens savourent en réalité pour la première fois depuis l’indépendance du pays en 1956. L’initiative de créer une association dédiée à l’intelligence économique - l’Association tunisienne d’Intelligence Economique (ATIE) -est née du constat du retard accusé par notre pays dans la prise en charge de la démarche de l’intelligence économique. Celle ci est en effet loin de constituer, au niveau de la sphère gouvernementale, une véritable politique publique volontariste et réfléchie. Au niveau des entreprises, elle est loin d’être reconnue comme étant une dimension stratégique du management. Elle est pratiquée d’une façon spontanée et instinctive par des manager qui se fient à leur flair et à leur expérience, sans qu’elle soit prise en charge et formalisée au niveau organisationnel et humain.



En plus de ce constat de déficit flagrant au niveau de la prise de conscience de l’importance de cette démarche , notre initiative a eu aussi pour fondement l’idée que l’intelligence économique , en tant que ressort de la compétitivité via la maîtrise de l’information économique stratégique, doit être l’affaire de tous le monde, de tous les acteurs, à commencer par la société civile et le monde associatif, et qu’elle n’est pas l’apanage d’un quelconque service administratif ou une quelconque structure.

Veille.ma : - Qui sont les membres fondateurs ?

Fethi Ben Mimoun : Les membres fondateurs appartiennent aux sphères publiques et privés. En plus de leurs cursus universitaires, ils ont pour la plupart suivi des formations spécialisées en l’intelligence économique à l’Ecole de Guerre Economique (EGE) ou à l’Ecole Nationale d’Administration de Paris (ENA). L’ATIE compte actuellement sur un réseau d’experts, d’universitaires, de décideurs et de hauts fonctionnaires avec qui elle collabore régulièrement.

Veille.ma : - Quels est le profil recherché des futurs nouveaux membres ?

Fethi Ben Mimoun : L’ATIE de part son statut et son concept de départ se veut ouverte à toute personne qui souhaite y adhérer. Toutefois, nous veillons à attirer des compétences multidisciplinaires qui ont les capacités de contribuer effectivement à la réalisation des objectifs et projets de l’association et apporter une valeur ajoutée reelle à ce niveau.

Veille.ma : - Quelle sera votre première action tunisienne en tant qu’ATIE et avec qui ?

L’ATIE a démarré ses activités fin mars 2012. Notre première action a été de rejoindre le réseau d’intelligence économique du Ministère du Commerce et de l’Artisanat - le RIAVEC - qui vient d’être lancé en Tunisie et ce, en tant que représentant de la société civile. Ce réseau est le fruit d’une collaboration fructueuse entre le Ministère du Commerce et de l’Artisanat, la Chambre du Commerce et de l’Industrie, tunisiennes, et le Centre International de Commerce.

Nous avons aussi entamé une série de rencontres-débat sur des thématiques d’actualité dans cette phase transitoire par laquelle passe notre pays. A titre d’exemple, nous nous sommes intéressés au rôle des agences de coopération internationales dans le soutien de la Tunisie post révolution. Nous avons également choisi une liste de thèmes portant sur la pratique et les problématiques de l’intelligence économique qui feront l’objet de nos prochaines rencontres. Simultanément, l’ATIE vise à créer des liens de coopération et d’échange avec des associations et des organismes similaires à l’échelle internationale.

Veille.ma : - Vous êtes en train de réfléchir à un schéma régionale d’Intelligence Economique en Tunisie. Pourriez-vous nous en dire plus ?

Fethi Ben Mimoun :Effectivement, nous avons élaboré un projet d’un schéma régional d’intelligence économique pour le pays. Ce schéma élaboré par notre collègue Hichem EL PHIL consiste en la territorialisation de l’intelligence économique avec des adaptations aux spécificités des territoires et des acteurs régionaux. Il vise la mise en réseau -dans chaque région-des acteurs publics et privés- via intranet notamment- en vue de production en commun de stratégies de développement spécifiques à cette région, via la mutualisation des ressources informationnelles et professionnelles.

Veille.ma : - Avez-vous un projet de formation spécialisée en IE ?

Fethi Ben Mimoun : Nous commençons à peine nos activités. La formation, il est vrai, fait partie de nos missions statutaires, et nous y réfléchissons. Pour le moment, des considérations logistiques retardent cet aspect de nos activités. Nous nous contentons pour le moment, par conséquent, d’activités liés à la vulgarisation, la participation à des séminaires et l’organisation de rencontres-débats.

Veille.ma : - Quel est votre vision de l’Intelligence Economique Tunisienne dans 10 ans ?

Fethi Ben Mimoun :Je suis tout à fait optimiste quant à l’avenir de l’intelligence économique en Tunisie. Des avancés certaines serons réalisées d’ici 10 ans. La clé de voute bien sur est l’université. Nous constatons à ce niveau un intérêt grandissant qui est réservé à l’intelligence économique en tant que discipline auprès des universitaires et des étudiants. Celle-ci n’est malheureusement pas encore reconnue en tant que telle, mais je pense que cela adviendra et l’on pourra voir dans un avenir proche, je l’espère, éclorer dans notre système universitaire des masters spécialisés en l’IE.

Les membres fondateurs de l’ATIE 
  Fethi BEN MIMOUN, Directeur au Ministère de l’Investissement et de la Coopération Internationale. 
  Ikhlass Haddar : Directeur au Ministère du Commerce et de l’Artisanat. 
  Hichem El Phil : Consultant. 
  Houda Nefzaoui : Directeur à la Présidence du Gouvernement.